Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
En sirotant un verre dans un café, Monsieur Prud'homme, député UMP, a surpris une conversation susurrée sous le sceau de l'infamie à la table voisine. Un quidam voulait acheter un écran plasma et indiquait attendre le versement de l'allocation de rentrée scolaire pour le faire.
Sur le rapport de ses oreilles traînantes voici notre Don Quichotte, excité comme un pou, qui se trémousse, qui court de ci, de là, supputant que l'allocation est détournée de son objet, que la masse laborieuse vampirise les deniers publics, fragilise le bouclier fiscal qui protège les grandes fortunes de l'impôt. Des contrôles sont nécessaires ! Monsieur Prud'homme projette de déposer un amendement au projet de loi de financement de la sécurité sociale discuté en novembre 2008, afin que l'allocation soit à compter de l'année prochaine distribuée sous forme de bons d'achat dans certains magasins et associations sportives. Il imagine déjà un mécanisme complexe d'attribution d'agrément aux enseignes concernées par les bons, une usine à gaz qui risque de mobiliser de nombreuses personnes, tant du côté des administrations que des entreprises. Bref il frissonne d'émotion, il a trouvé de quoi se faire mousser, il est même intervenu, hier lundi 1er septembre, au cours d'un journal télévisé, afin d'alerter l'opinion et de présenter son plan.
Il m'arrive également de surprendre des discussions au comptoir des cafés, en général les dirigeants de l'UMP sont assimilés à de sinistres crétins corrompus et incompétents, pourtant je ne dépose pas d'amendement lors de l'examen des projets de loi au Parlement pour protéger les honnêtes gens de ces canailles. Sans être un politicien professionnel j'essaie de faire la part des choses.
Monsieur Prud'homme a-t-il seulement songé que le brigand dont il a espionné les propos avait dès le mois de juillet équipé son enfant pour la rentrée scolaire avec l'argent qu'il aurait pu consacrer au téléviseur, qu'il avait fait preuve à cette occasion de prévoyance, qu'il avait agi en bon père de famille afin de s'assurer un choix plus large et des tarifs avantageux, et qu'il attendait désormais, par un juste retour des choses, le versement de l'allocation pour acquérir l'écran de ses rêves ? Le député Prud'homme ignore-t-il que des préoccupations similaires régissent les finances publiques ? Maîtrise-t-il les nouvelles exigences de la loi organique relative aux lois de finances, laquelle met en place une gestion budgétaire fondée sur la performance ? Le député Prud'homme foule-t-il aux pieds le principe d'universalité budgétaire, qui interdit l'utilisation d'une recette déterminée pour le financement d'une dépense déterminée ? Sinon pourquoi n'imagine-t-il pas que toutes les dépenses d'un budget puissent être couvertes par la masse communes des recettes, tant au niveau de la famille qu'à celui de l'Etat ?
Ou peut-être est-ce le verbe imaginer qui pose problème à Monsieur Prud'homme, accablé par un souci bien plus important que celui de marier sa fille, celui d'asseoir sa pauvre notoriété.