Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
Méduse ! Ta chair en lambeaux forme une traîne
Qu'un essaim de corbeaux s'acharne à becqueter
Tu restes immobile au centre de l'arène
Où l'éphialtes lacinié vient ôter
De tes maigres épaules la feuille mouillée
Et le limon boueux que l'os saillant retient
Le crapaud gras a plongé dans l'eau déliée
Le sort en est jeté ; nul hasard n'intervient
Nul, même écorné, devant l'horreur, l'indicible
Quand peu à peu s'écarte avec une lenteur
Calculée, la membrane ridée et flexible
Ses paupières enfin et son fil conducteur
C'est la mort qui jaillit comme éteinte lumière
Par la prunelle emplie d'un rayon infernal...
Qui se fraie un chemin d'insensible matière ?
Sur quel intérieur ouvre ce pur canal
Sur quelle passion de desseins maléfiques ?
Une haine imposée luit au fond de son oeil
Ce qu'il touche se plombe en mouvements obliques
Et répand dans l'air comme un parfum de cercueil...
Elle s'ébranle au rythme des pierres fétides
Et le cortège passe une haie de bouffons
De formes fixes, de statues, de souches vides
De télamons rugueux, de grotesques chiffons
L'âpre pousse est colonne torse, stalagmite
Le buisson vert devient un dolmen suppliant
Et les grands pins penchés qui surplombent le site
L'Arche de pierre plongeant sur l'imprévoyant
Le moineau cascadeur qui sautille en souplesse
Sous le buisson touffu faible proie de l'aspic
Voletant à la branche bientôt qu'il délaisse
Comme le faucon noir, flèche brillante au pic
De l'azur, soudain, trahison ! La plume ploie
Leurs ailes d'impossible envergure luttant
A chaque battement... mais l'oiseau plonge et se noie
Au cimetière fou d'un sculpteur éclatant