Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
Dans cet espace clos par l'ombre des feuillages
Ce n'est que terre moite et volutes d'argent
Telles croix desséchées autour des marécages
Les joncs brisés ont bu leur calice de sang
Jusqu'à la haute lie d'inconnues forfaitures
Mais quels crimes commis rejaillissent ainsi
Quelles hontes d'antan, quelles tristes souillures
Dans ces prisons glacées que tient à sa merci
La boue gluante, la boue douce éparpillée
Non, le marais glauque n'est ridé de nul pli
Ni l'air atone d'une chanson criaillée
Les perdrix envolées sont tombées dans l'oubli
Et le vanneau huppé et la poule d'eau rousse
Ont déserté leur nid au milieu des roseaux
Aucun canard sauvage dans l'eau se trémousse
Les veines des rochers se croisent en réseaux
Tout boursouflés, brûlant d'une soif d'impossible
Rien n'a bougé et pourtant... quel événement
Quelle menace crue de toute part sensible
Ecrase ces bas-fonds d'invincible tourment ?
Une forme noire naît dans l'eau qui ondule
Une forme se dessine sous le marais
Et monte par à-coups... le regard incrédule
Suit l'apparition... Ô toi qui demeurais
Dans les vasques subaquatiques, dans les gouffres
Informes, que rapportes-tu de ton passé ?
Quelle peur encore ? Quelle image ? ... Tu souffres ?
Le dieu fourchu enfui, qui donc l'a remplacé ?
Qui forge en bas ces chuintements ? Qui te hante ?
Ciel ! La nymphe putride émerge du linceul
Ayant enfin conclu son éternelle attente
Et déjà le roc roide craint et se sent seul
Oh ! Monstre repoussant, infortunée Gorgone !
A son front emmêlés des serpents écailleux
Lui tressent de leurs noeuds les plis d'une couronne
Et crachent leur venin sur le sol broussailleux
Un sifflement strident peu à peu se propage
D'une tête endormie à cette autre qui prend
Les traits tirés du Sphynx, sinueuse et volage
Souple, souple, se glisse dans l'air aberrant...
Le panier chevelu inquiétant balance
Et accroche parfois le marronnier tombé
Arbre mort tout sec voici longtemps dans l'eau rance
Les corps gluants et froids lacent l'arbre embourbé