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Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur

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Anamnèse (I)

 

Tu es dans ma bouche ainsi qu’amandes amères

Ville ! Le soleil couchant est ton encensoir

Et la voûte d’automne aux caresses du soir

Se mire tout soudain sur les grands lampadaires


J’erre seul dans les rues où mes pensées s’apprêtent

A soutenir l’assaut des nouvelles couleurs

Le noir naît de partout et assiège sans peur

Mes ampoules grillées des lendemains de fête


Sur la place à présent déserte la fontaine

Ayant dompté le vent toute droite jaillit

Tandis qu’en mon esprit par le vide assailli

Tout espoir se tarit et s’engouffre la peine


Les amants recherchent l’obscurité propice

Et couvrent de la nuit leurs longs épanchements

Cependant vainement j’expose mon tourment

A l’œil indifférent d’une échoppe factice


Le fleuve a emporté sans même y prendre garde

Mes bagages au vent et mon filtre d’amour

Je regarde passer, déplorant mes doigts gourds

Les nageurs aguerris du haut de ma mansarde


Le fleuve a disparu mais hélas je demeure

Je cherche la lumière en noyé malchanceux

Pourquoi le pont s’enfuit devant mon corps osseux

Si naturellement que son geste m’écœure


A mes yeux desséchés les ombres des ruelles

Semblent s’entrelacer pour sourdre leurs secrets

Ils peuvent se lier et chuchoter tout près

Leur amour dérisoire ou leurs douces querelles


Les amants des chaussées qui n’ont vu ma silhouette

Et les ponts indiscrets qui se sont dérobés

Et la ville sans âme où je viens tituber

Ne m’arracheront pas une seule pirouette


Et la morne vitrine si bien colorée

Comme ayant deviné à mon air aigrefin

Que je n’achèterai pas les sacs, les parfums

Et le fleuve enfui de la foule bigarrée


Et la lumière froide qui couvre d’œillades

Les couples attardés aux terrasses des bars

Et qui préfère même éclairer les loubars

Leur fumée d’argent à ma triste promenade


Et la nuit dans mon cœur où il faut que je lutte

Et la nuit dans mes sens que je combats en vain

Et qui guide mes pas tout au bord du ravin

Semblent se moquer des ombres que je suppute

 

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