Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
Si pourtant tout à coup j’abordais la dernière ?
Le sombre ébranlement de ces coups d’ébranchoir
Me fait suivre au hasard mon âme à l’abattoir
Au milieu des passants, au milieu des ornières
Sans doute elle n’est pas, nonobstant ses chevilles
Au-dessus de ses pairs, au-dessus du commun
Ce n’est qu’une attardée que j’oublierai demain
Mais ce soir c’est la mienne et la plus jolie fille
Je la suis attentif à son tracé grisâtre
On dirait que la nuit absorbe ses desseins
Je crains de m’éloigner par sacrilège saint
Heureux si je pouvais essuyer tous ses plâtres !
Quand je croise sans bruit au détour des grillages
Un couple pétillant et brumeux enlacé
Je souris de dédain à leur air effacé
A dix mètres devant j’ai mon propre partage
Que fait-elle, où va-t-elle, et ce pied minuscule
Par quel pressentiment se fait-il désirer ?
La route libre s’offre à son choix apeuré
Et je veillerai bien qu’aucun ne la bouscule
Si le hasard s’en mêle et qu’elle se retourne
A travers le brouillard ma silhouette sans nom
Lui inspirera-t-elle à l’instar de Junon
Pour ce bel inconnu dont le désir s’ajourne
Tout d’abord un grand calme et puis, comme à la hâte
Comme au détour une chanson, un air d’enfant
Si naturel, et la joie d’un tissu bouffant
Dans les cheveux en s’approchant, comme une agate
Je crains plutôt qu’alors, en crispant ses menottes
A pas précipités regagnant son foyer
Sous le coup de l’angoisse son buste ployé
Ne brise dans mon cœur l’utopique mascotte
Ne crois-tu pas que c’est assez suivre un fantasme ?
La ville égoïstement rêve en ses draps chauds
Et chaque passant rêve à la table, au réchaud
Bouillant, à la famille, aux corps nus, aux orgasmes
Qu’ils brodent dans leur coin leur propre air d’opérette
Le mien marche devant et ce n’est pas si mal
Je n’ai pas de chenil pour un corps animal
Et l’ombre qui s’enfuit me joue un air de fête