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Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur

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Anamnèse (II - suite et fin)

 

Si pourtant tout à coup j’abordais la dernière ?

Le sombre ébranlement de ces coups d’ébranchoir

Me fait suivre au hasard mon âme à l’abattoir

Au milieu des passants, au milieu des ornières


Sans doute elle n’est pas, nonobstant ses chevilles

Au-dessus de ses pairs, au-dessus du commun

Ce n’est qu’une attardée que j’oublierai demain

Mais ce soir c’est la mienne et la plus jolie fille


Je la suis attentif à son tracé grisâtre

On dirait que la nuit absorbe ses desseins

Je crains de m’éloigner par sacrilège saint

Heureux si je pouvais essuyer tous ses plâtres !


Quand je croise sans bruit au détour des grillages

Un couple pétillant et brumeux enlacé

Je souris de dédain à leur air effacé

A dix mètres devant j’ai mon propre partage


Que fait-elle, où va-t-elle, et ce pied minuscule

Par quel pressentiment se fait-il désirer ?

La route libre s’offre à son choix apeuré

Et je veillerai bien qu’aucun ne la bouscule


Si le hasard s’en mêle et qu’elle se retourne

A travers le brouillard ma silhouette sans nom

Lui inspirera-t-elle à l’instar de Junon

Pour ce bel inconnu dont le désir s’ajourne


Tout d’abord un grand calme et puis, comme à la hâte

Comme au détour une chanson, un air d’enfant

Si naturel, et la joie d’un tissu bouffant

Dans les cheveux en s’approchant, comme une agate


Je crains plutôt qu’alors, en crispant ses menottes

A pas précipités regagnant son foyer

Sous le coup de l’angoisse son buste ployé

Ne brise dans mon cœur l’utopique mascotte


Ne crois-tu pas que c’est assez suivre un fantasme ?

La ville égoïstement rêve en ses draps chauds

Et chaque passant rêve à la table, au réchaud

Bouillant, à la famille, aux corps nus, aux orgasmes


Qu’ils brodent dans leur coin leur propre air d’opérette

Le mien marche devant et ce n’est pas si mal

Je n’ai pas de chenil pour un corps animal

Et l’ombre qui s’enfuit me joue un air de fête

 

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