Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
Entre deux édredons ou sur les canapés
J'exerce mon talent, et mes griffes funestes
Aux arbres de la jungle, à mes cousins drapés
De grisante fourrure, arrachent sur les vestes
Trois ou quatre boutons et le dernier lacet
De l'auguste chaussure ; extrayant le cardage
Hypocrite et usé du fauteuil où, qui sait?
En sautant sur ses bras je m'oublierai l'ôtage
D'une prison d'acier, je reverrai les bois
Et l'écorce rugueuse où j'aimais en souplesse
M'accrocher, tel un lierre toujours aux abois
D'altitude neuve, comme tringle qui blesse
Ma soif de troncs, de fleurs, et ce triste plafond
Que j'atteindrais d'un bond, oh! si bas... ne m'enchante
Autant que l'arche bleue sur le soleil qui fond
Parmi les infinis dont le rêve me hante...
Alors que caracole, fruit de passion
La liberté si chère et de verte parure
Je mange dans un plat qui fait sécession
A tous mes horizons par si faible mesure,
Je me fais caresser l'encolure et le dos
Comme domestiqué, pour quelque faribole
Croyez-vous ma rage perdue, pauvres badauds
Souriant vainement d'une face si molle
A ce mufle orgueilleux qui soumit des Titans?
Gadoue! Humiliation! Voyez mon souffle
Plus profond, plus ardent, revivant ces printemps
Et d'autres hivers où, du revers d'une moufle
J'inscrivais mes carnages au fil du chemin...
Parmi tant d'ennemis que l'instinct pur m'indique
Attentif aux plus sots je choisis l'être humain
Comme esclave attitré de mon humeur sadique