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Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur

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Présage

.

Dans l’ombre je ferme les yeux

L’or noir de la chambre est trop sage

Pour mon anxiété d’otage

Je suis seul gouffre périlleux
.

Rideaux tirés, lumière éteinte

La solitude à supporter

Au moins dans cette cavité

Paraît totem prêché sans feinte
.

Tel un drap blanc planant au lit

Un grand fantôme étreint ma cage

Quand l’ouragan lève l’image

Que l’hydre au-dehors accomplit
.

Ma grotte calme est tout albâtre

Pourtant je vois rues et passants

Les cris des discours finissants

Parmi les tanks qui vont combattre
.

Et les pneus usés des motos

Les cars, les vélos dans la file

Tout ce beau monde qui défile

Sous mes carreaux à pas brutaux
.

Les ménagères que l’on croise

Recroquevillées au marché

Dans le froid glauque ont empêché

D’avancer la grue qui les toise
.

Toute la ville est en chantier

L’avenue enfle une fanfare

Dans la gadoue sert la simarre

Les effluves de l’amitié
.

Les ouvriers sont à l’ouvrage

Les autos dans un crissement

Se répétant cycliquement

Comblent leur fosse à chaque page
.

C’est l’orgie unanimité

Vive l’artère principale

Et tous les quartiers de la halle

La bacchanale à satiété
.

Je raconte le bel exemple

De toute une société

Dans mon cerveau fort emporté

Se dessine un mouvement ample :
.

Vous pouvez vivre entre vous, gens !

Comme les poules sur la boue

Et chaque ver qu’on vous alloue

Jette une foule en jeux urgents
.

Je hais votre cacophonie

Coups bas, klaxons, discussions

Où l’on médit, où dit : rions !

Tel qui grimace à l’Erinye
.

Mais soudain mes cils relevés

Brûlant d’une rage parfaire

Leur désespoir d’une atmosphère

Vibrant tel char sur les pavés
.

Arrêtent le fil du carnage…

Nul bruit… Tout bas un souffle éteint

Lorsque apparaît au doux matin

Filtré des rideaux bleus la plage
.

O sable ! Illumination !

La mer a des reflets de feuille

Arrive ! Il suffit que je veuille

Pour forcer ta création !
.

Silence, et la silhouette fière

Tranquille, acquiert un tel satin

Qu’on croirait voir dans le lointain

Comme l’éclat d’une prière
.

Je quitte enfin mon froid caveau

Pour l’air immense que je hume

J’avance, et j’oublie l’amertume

Des ordures du caniveau
.

Oh ! Tous les soleils s’éclaboussent !

Mes yeux dans ses yeux sont fixés

Folle crainte et rêves blessés

Fuient les lutins qui les détroussent
.

Ecolier sournois tu t’en vas

Retravailler avec les mêmes

Les étrangers aux chrysanthèmes

Sont jetés dans ton canevas
.

Mais tu n’es qu’ombre au noir musée

Horreurs et cris et hurlements

Des magasins, et faux serments

N’effraient sa caresse amusée
.

Si l’aube, à son cou ruisselant

Ne cède en moi à la cithare

Un espoir fou changeant la barre

M’éveillerai-je pantelant ?

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