Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
Parfois je me souviens de tes joues, de ta face
Ronde et ferme ; puis le temps efface ta trace,
L’empreinte de tes pas…
Tu es dame tranquille, et l’évènement plisse
A peine une coquille, à peine une peau lisse
Que tu ne corromps pas
.
Dans cette vaste pièce où le feu se trémousse
Eclairant par moments la tapisserie douce,
Les reflets de tes yeux,
Les lattes du parquet et les hauteurs fictives
Des poutres de bois lourdes, des longues solives,
Assis silencieux,
.
Nous avançons un peu la tête près de l’âtre
Pour se chauffer, guerriers lassés de trop combattre,
Au dieu Lare rendus ;
Et sur le fauteuil vieux nos bras au cours des âges,
Comme les os des pharaons des sarcophages,
Demeurent étendus
.
Quand l’un de nous risque la main vers la lumière,
Geste lent, arabesque d’auguste manière,
Se saisit du fourgon,
Alors les tisons roux, les flammèches sursautent,
Sortent de leur tanière et remercient leurs hôtes
En éclairant le fond
.
L’araignée du plafond sur sa toile défaille,
Le bahut lourdement ouvre un tiroir et baille
Et l’armoire en noyer
Ploie du linge d’antan fêtant l’apocalypse
Tant attendue… Hélas ! bientôt redevient gypse
Tel, qui voulait briller
.
Quelle immobilité au milieu du silence
Si dure à supporter, sachant cette présence
Intime à mes côtés !
Je ne laisserai fuir le destin et le monde
Sans lui redire encor ma parole féconde
D’antiques voluptés.