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Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur

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Une redistribution d'australopithèque

 

Les libéraux depuis le milieu des années 1980 se sont laissés contaminer par une politique dogmatique, vaguement revancharde, en faveur des grandes fortunes perçues comme arcs-boutants de l'économie productive. De passage au pouvoir ils ont octroyé des cadeaux tantôt mal ciblés, tantôt lors de conjonctures défavorables, souvent sans explication suffisante à l'opinion. Ces erreurs de fond et de forme ont restreint la portée de mesures déjà sujettes à caution.


Inspirateurs de ces dérives, les représentants des lobbies et des pouvoirs publics qui défendent le monde de l'entreprise s'avèrent souvent plus des administrateurs déconnectés des réalités que des hommes d'affaires à l'affût des derniers retournements du marché. C'est que les véritables gestionnaires répugnent à délaisser leurs entreprises, leurs continuelles créations de débouchés et de produits, pour les cabinets ministériels, tellement ils savent que toute généralisation d'une recette de succès est illusoire.


Malheureusement des politiciens trop complaisants ont prêté l'oreille à la voix dominante, oubliant les deux conditions fondamentales des réussites commerciales et financières : une idée (invention, innovation, produit, marché) et une stratégie qui concrétise cette idée sur la durée. En conséquence leurs efforts pour baisser les taux d'imposition les plus élevés ou faciliter l'acquisition de biens professionnels n'ont eu qu'une faible incidence sur le niveau des investissements productifs.


Toutefois ils ne se sont pas découragés par la médiocrité des résultats obtenus, d'autant qu'ils ont su éviter les sanctions électorales par un habile noyautage à droite des partis dominants successifs. En l'espace d'une vingtaine d'années boucliers fiscaux, niches sociales et exonérations diverses ont fleuri et, cultivés avec amour, se sont transformés en forêt tropicale au sein de laquelle trouver son chemin devient l'apanage des spécialistes, dans une atmosphère délétère de complexification du droit, d'antagonismes sociaux et d'alimentation des déficits publics.


Les avantages fiscaux et sociaux accordés au monde des affaires aboutissent même à conférer une prime aux idées médiocres, d'une rentabilité proche de zéro, pour lesquelles la décision d'investir est en suspens. En effet ce sont d'abord de tels succédanés qui deviennent viables par la magie des aides octroyées, non les bonnes idées qui seront concrétisées de toute façon. Or ces projets sans envergure, dictés par la réglementation, donc fragiles, souffrent au moindre retournement conjoncturel, au premier écart entre prévisions et réalisations, et courent statistiquement plus de risques d'arrêt de l'exploitation et de plans sociaux. Ce n'est donc pas un hasard si un accroissement des échecs financiers et commerciaux accompagne toute facilité artificielle allouée au démarrage des investissements.


Sur la durée les instruments du contrôle financier macro-économique permettent de mesurer avec précision combien les facilités octroyées aux patrimoines les plus importants ne génèrent que peu d'investissements supplémentaires dans l'économie française, malgré la bonne volonté supposée des bénéficiaires. Si l'on excepte la part gaspillée dans les réalisations douteuses qui bénéficient d'un effet de levier conjoncturel, l'essentiel des subsides émigre à l'étranger dans le cadre d'une stratégie internationale de diversification d'un portefeuille sans participation active à la gestion des titres sous-jacents.


Il en résulte que l'incidence d'une telle générosité sur l'emploi et la croissance demeure négligeable... tandis que son coût représente un frein bien réel à la politique de redistribution vers les ménages modestes et le prolétariat, pourtant si nécessaire en période de stagflation. Le plus souvent en effet l'accroissement des déficits sert d'argument pour justifier par ailleurs une politique budgétaire soudainement redevenue stricte, pour l'essentiel au détriment des classes moyennes : baisse du niveau de remboursement des médicaments, franchise de 1 € sur les actes médicaux, plafonnement des retraites, nouvelle taxe de 1% sur les revenus du livret A, des portefeuilles-titres, des assurances-vie et des investissements locatifs, éco-taxes et autres taxes «pique-nique», pour ne citer que quelques exemples significatifs.


Au final il est assuré que l'impact global de ces mesures sur l'économie française est négatif dans la période de tension actuelle, ce qui ne perturbe pas outre mesure nos responsables publics, alors qu'une réactivité forte dans ces domaines sensibles constitue probablement un gage de réussite sinon pour une politique à long terme, du moins pour un quinquennat.

 

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