Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
(V)
Le sentiment de l'immensité et du vide qui m'assaille lorsqu'à plus de 2000 mètres d'altitude je m'insère dans le cercle magique, dans le cirque des sommets, témoins du monde, n'est rien en comparaison d'un long regard porté sur l'humanité. Ce n'est pas alors l'aberration qui étreint, mais l'écart entre ce qui est et ce qui pourrait être moyennant un si petit effort de bonne volonté collective... Que tout le monde agisse solidairement, tel troupeaux de colossales masses rocheuses réfléchissant les étoiles, ayant émergé des mélèzes.
(VI)
La gentiane jaune effarouchée comme l'altière épidaure violette en épis égaient de vives couleurs les moindres clairières d'altitude, les cirques délaissés des mélèzes et des pins. Mais la gentiane de mon coeur et l'épidaure de mes pensées peinent à remonter la pente d'optimisme de laquelle la larme glisse vers les ravins frangés d'idées noires.
(VII)
Le matin trois quart d'heure de footing pour dégringoler quérir au village le pain frais du petit déjeuner, le chausson aux pommes et la tarte à la myrtille de mon amour. L'après-midi trois heures de randonnée pour s'élever quérir aux belvédères d'altitude foison de panoramas somptueux, moisson d'images propres à satisfaire l'avidité photographique de ma carte mémoire. Et le soir, entre médicaments et fatigue musculaire, la télévision dispense sa perfusion vers l'ailleurs, dans l'oubli de mon âme.
(VIII)
Si vite surgi, ce moment du grand retour ! En carriole, en car, en train, en TGV, le rythme vers la capitale s'accélère. Derrière le calme immuable des monts solitaires, auquel en vain je m'accroche, déjà se superposent une autre vie, un autre stress mal enfouis sous ma pellicule de bronzage. Le sentiment d'un destin choisi se voit dissout par ma mélancolie du changement, a fortiori d'une réintégration dans l'état initial après une révolution de la roue.