Poésie, Plaisir des mots, bonheur des phrases et joie des idées, à partager avec chaque lecteur
Regarde ! Sur les pierres fourmillent
De petits lézards gris
Qui tantôt dans la charmille
Demeuraient tout assombris
Si la gueule enflée consume
La mouche happée par l’enclume
Il n’en reste nul débris
Froid, le vent ce matin était à son affaire
Mais maintenant l’onde solaire
Chauffe les vieux sur le pas de la porte
On cueille le gui
Par la chaleur tout alangui
Et l’on prend place dans la cohorte
Vers la plage, vers les lacs, vers les terrains de tennis
Les parkings y sont pleins de voitures
Les cinémas en feraient une jaunisse
Et tous les dieux de culture
On cueille le houx
Mais pas beaucoup
J’ai ramassé un rameau
Qu’une dame avait fait choir
Elle m’a dit quelques mots
Pleins d’espoir
Derrière un pot de jasmin
Un vieux poste encore alerte
Par la fenêtre ouverte
Aux passants du chemin :
Le temps demeure radieux
Pas un nuage dans les cieux
Ce sont les informations
Au bord du fleuve, en pleine action
Des chevaux font la course furieusement
Ils sont en nage
Mais les cavaliers indifférents
Statuettes de jade
Au pur sommet de la ruade
Tendent le visage
A l’air frais
Les canards derrière eux tracent un sillon parfait
Soudain ils plongent
Et farfouillent dans les herbes sous l’eau
Leur queue pointue est un îlot
Où s’accroche la brume
J’anticipe un principe de plumes
Décochant, malicieux, sur l’arc-en-ciel rapide
Un regard… ils regagnent les songes
Mais l’un d’eux, intrépide
Virevolte et me défie du bec : clic, clac !
Clic, clac chante la pâquerette
Pour lustrer sa chevelure
Elle se mire dans la flaque
La coquette !
Mais le vent n’en a cure
Et une pétale s’envole
On coupe toujours le gui
Par la chaleur tout alangui
J’ôte ma chemise : un geste pour une parole
Le soir j’assiste au retour des bateaux
A l’arrière les enfants parodient
Des scènes étranges de comédie
Ils sont fiers : on leur a donné des drapeaux
A la plage
J’ai couru dans les champs, je suis presque en nage
Et soudain près du bosquet
A l’ombre duquel je me reposais
J’aperçois un merle noir
Doucement j’approche : il ne bouge pas
Il balance sa tête tel un encensoir
A ses pattes des myrtilles : c’était son repas
Il s’en est gavé, il est ivre
Il attend qu’un hoquet le délivre
Seul dans l’herbe du soir
Ils ont coupé du houx
Mais pas beaucoup
Je veux le voir pour le croire